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JURG KREIENBUHL PEINTURES 1952-1956 - [ Translate this page in english ]

JURG KREIENBÜHL
« Peintures de 1952-1956 »
Exposition du jeudi 14 avril 2016
Vernissage de 14 à 20 heures

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Jurg Kreienbühl est décédé le 30 Octobre 2007, quelques jours avant qu’on ne célèbre la fête des morts, au lendemain de la Toussaint. Hasard ou coïncidence, ce voisinage du calendrier ne laisse pas indifférent quand on sait ce que l’artiste a consacré de méditations peintes au thème du passage, celui qui conduit de la vie à autre chose.
Kreienbühl, à commencé très tôt à dessiner. On sait qu’en 1951, pendant qu’il apprenait le métier de peintre en bâtiment, il s’était inscrit à l’école des Beaux-arts de Bâle et que sur la demande de son professeur, il s’était particulièrement astreint à l’étude du dessin.
Le millésime 1956, quand il arrive de Bâle à Paris, est marqué par une représentation du jardin des Tuileries et rencontre Suzanne Lopata, qui deviendra plus tard sa femme. Puis commence l’une de ses premières expériences qui valent comme un rite de passage ou initiation, lorsqu’il part vivre dans une carcasse d’autobus Air France au cœur d’un campement de gitans à Bezons- plus tard, la camionnette va jouer un rôle important dans la vie de l’artiste et faciliter une inspiration semi-nomade. Il y reste plusieurs années, plongé dans une étrange société qui campe aux bords de la capitale en des espaces qui ne sont pas encore la banlieue mais bien plutôt la zone. Rares sont ceux qui fréquentent alors ces alluvions de misère que produit la grande ville depuis des siècles : outres des amitiés durables, Jurg en a tiré des natures mortes, des paysages, des portraits.
Les années passent : Suzanne et lui s’installent à Argenteuil (1961) et se marient. La famille agrandie depuis 1963 s’installe à Cormeilles en 1966. On le retrouve en 1968 devant le paysage industriel et pollué du port de Gennevilliers, puis face à des démolitions d’immeubles parisiens à Paris et à Argenteuil. Vers la même date (1967-1968), il découvre la Seine-Maritime, Le Tréport et la banlieue du Havre : ici commence une seconde phase de vie alternative, plus puissante que la précédente, avec ses décharges, ses flaques d’hydrocarbures, Les Pétrolnymphéas et ses clochards alcooliques. En 1978, il retournera au Havre, en famille cette fois, aux thèmes précédents, s’ajoute celui du paquebot France, le symbole des voyages, abandonné sur un quai.
Les premières années restées jusqu’ici les plus mal connues, frappent par leur extraordinaire diversité thématique : citons entre autres la décharge, la patte de poulet, l’arbre effeuille, la ligne à haute tension, le mur de clôture, les papiers froissés, la boîte de conserve, les fleurs fanées, les épis de blé et la pomme de terre germée, le trognon de chou pourri, la charogne, le tête de mort. C’est de pourriture, de putréfaction, d’agonie de l’organique dont il est surtout question.
Le cimetière de Neuilly que Kreienbühl dessine en 1980 voisine avec un amoncellement des résidus où les déchets funéraires et les vestiges de la société de consommation s’entremêlent de façon inexplicable, répugnante et, pour tout dire, terrifiante, au point qu’on ne sait plus s’il s’agit de la réalité ou d’une vision. Au fond, les tours d’Aillaud, qui faisaient encore la fierté de leur époque, rappellent d’où vient la société qui s’entassent dans les tombes et voisine avec ses propres détritus.
L’artiste explore les obscurs confins qui séparent la vie de la mort et nous dit : on ne peut pas connaître ce qui se passe de l’autre côté du miroir mais la charogne qui pourrit, le blé qui germe, la fleur qui fane, le saint de terre qui se brise, l’humanoïde conservé dans son bocal, l’animal empaillé, le cimetière avec ses tas d’ordures, la ville qui s’autodétruit, la nature que l’homme corrompt, le monument qui se ruine, l’homme qui s’abrutit dans l’alcool et la misère, tous ces thèmes de l’univers, révèlent qu’il se passe quelque chose entre le moment où la vie finit et celui de la disparition physique : une étrange métamorphose intervient. Kreienbühl n’est pas adepte des philosophies orientales. Il veut nous dire qu’avant que tout ne finisse à la décharge, quelque chose se produit. L’éveillé, le guetteur, tient à l’annoncer à ses contemporains.
La nature de l’homme pollue irrémédiablement, la vie qui se corrompt, l’œuvre qui s’anéantit, l’espace vital que les déchets étouffent, tout se transforme en œuvre d’art, et de ce fait, revit d’une vie nouvelle. L’irréversible pourrissement qu’il a vu avant les autres, il en fait de la beauté.
Héritier d’une longue tradition de culture artistique propre aux pays de langue allemande, l’œuvre qu’il a produite porte l’ambition d’une pensée.

Extrait du texte de Jean-Michel Leniaud du catalogue Centre Culturel de l’Arsenal, Maubeuge, 2008


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