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ANTONI MUNTADAS (PROJECT" - [ Translate this page in english ]

COMMUNIQUÉ DE PRESSE
ANTONI MUNTADAS
« PROJECT » 2007
exposition du 12 Janvier au 16 Février 2008



Dans sa sagesse, Cicéron avait résumé très clairement et simplement la méthode permettant de caractériser tout délit et par suite, de rendre justice. Il suffisait de poser des questions élémentaires sur les faits : quoi ?, qui ?, à qui ? (ou pour qui ?), où ? , quand ?, comment ? et pourquoi ?. Si l’on ajoute à ces sept questions qui fondent et caractérisent le droit « Combien cela coûte ? » on les soupçonnerait de viser n’importe quel objet de consommation, y compris bien sûr, l’objet esthétique. Ainsi se présente la partie la plus visible du Project de Muntadas qui consiste à tisser méthodiquement tout un réseau de doutes autour de l’idée de l’art et de ses produits divers. Il s’agit donc d’un nouvel épisode de l’épigraphe qui nourrit la réflexion de Muntadas depuis quelques années – Warning : Perception Requires Involvement – une exhortation à une lecture attentive, soit une nouvelle version de Please Pay Attention, formule désormais classique. Mais cette fois le doute n’est plus permis. La suggestion ne se réfère pas seulement à l’effort exigé du public pour comprendre les contenus mis en jeu par les œuvres, mais aussi au besoin impérieux de soumettre toute proposition narrative à une analyse idéologique afin d’en distiller des significations aussi éloquentes et pertinentes que celles qui procèderaient d’une herméneutique conventionnelle, d’ordre purement esthétique. Autrement dit, il est tout aussi important de repérer le fond d’un récit que les motifs, les intérêts, les modes de gestion et les attentes qui en justifient la mise en circulation.
L’exposition elle-même devient le texte principal, passé au crible du questionnement cicéronien. Muntadas est donc parvenu à monter une exposition autour des questions sous-jacentes au fait même d’exposer, non seulement en les rappelant et en les énonçant, mais encore en les présentant sous la forme traditionnelle de tableaux encadrés, dans une galerie privée bien en vue. On trouve des précédents à ce geste dans Exposición (1985) ou dans la présentation plus récente de Muntadas au MACBA, marquant sa consécration. Toutefois, ce thème n’apparaît plus ici comme une valeur ajoutée qui enrichit d’autres narrations : il s’articule comme un discours placé radicalement au centre. Propos appréciable s’il en est par les temps qui courent, où tout nouveau commissaire, contraint de repenser la notion d’exposition « display », finit par invalider la question pour dissimuler des résultats parfaitement conventionnels. Repenser l’exposition ne peut se résumer à trouver des formules ingénieuses pour un nouveau montage ; il faut avant tout creuser la question de l’exposition en tant que projet au service d’intérêts qui ne sont pas toujours louables. Ainsi ce Projet s’inscrit comme une recherche supplémentaire dans la trajectoire de Muntadas et son analyse du Media Landscape. Au regard de la place importante et de l’espace considérable que l’art occupe déjà dans les dynamiques de consommation d’information, il nous revient de l’assaillir, à l’instar de Cicéron, de ces questions élémentaires pour imposer clarté et transparence.

Marti Peran, Exit Madrid (traduction Joan Olivar)



COMMUNIQUÉ DE PRESSE
ANTONI MUNTADAS
Exposition du 12 Janvier au 16 Février 2008


« Chaque projet a ses intentions, ses besoins, ses contraintes et sa formalisation. »

On Translation :Fear/ miedo
Éthique et esthétique du paradoxe

Project : 9 images digitales sur étagères, édition de 9, 2005

« Traduire pour l’artiste signifie « s’engager ». S’engager, c’est-à-dire, défricher le terrain.

Pour « On Translation : Fear/Miedo », il s’agit de l’interrogation que soulèvent les difficultés de circulation et de passage entre deux territoires de nationalité différente, entre Mexique et Etats-Unis. Contrairement à ce que pourrait déployer n’importe quelle enquête médiatique portant sur les faits-divers quotidiens enregistrés sur une telle zone à plus ou moins haut risque (et la notion d’informations-spectacles n’y serait pas en reste !), le concept proposé, pour élucider la problématique de la frontière, n’est pas celui de violence. Pas plus, du reste, que celui de l’oppression.
A contrario donc, de ces deux concepts – violence et oppression/compassion – la direction qu’a suivie Muntadas, aborde le problème de front, en soumettant au questionnement, le sentiment de « peur » - « fear » ou « mideo », selon le côté de la frontière où l’on se trouve. Le fait que, pour développer ce travail, il a rencontré et interrogé des personnes, y compris des enfants, de divers âges, sexes et horizons professionnels (travailleurs journaliers, clandestins, sociologues, simples particuliers…) qui ont une expérience journalière des tensions que provoque, de part et d’autre, la zone frontalière ; le fait, aussi, qu’il a utilisé, sur le sujet, des archives télévisées, ainsi que des documentaires ou du matériel journalistique, dont il a atténué les focalisations sur la violence, indique que la méthode qu’il a suivie, ne s’est pas bornée à la simple vérification sociologique d’un état de fait.
En tant qu’artiste, Muntadas renouvelle pour produire, peut-être même à son corps défendant, une esthétique très particulière. On ne peut d’ailleurs s’empêcher d’y percevoir une sorte de métaphore de son identité profonde. Né en 1942, et comme beaucoup d’intellectuels de sa génération, l’artiste dû, dans sa jeunesse, en pleine époque franquiste, passer la frontière pour aller à Perpignan, « acheter des livres et voir des films ». Déplacement quasi clandestin, le voyage pour passer la frontière, en dépasser la borne physique, a eu donc une dimension ontologique. Une dimension pour la constitution de soi-même.
À ce titre « Fear/ Miedo » est aussi une autobiographie. Le paradoxe, c’est que cet aspect n’est pas visible immédiatement, l’intérêt se focalisant sur le savoir qui se développe devant nos yeux. Il faut, pour comprendre, s’intéresser de près aux images, et aussi aux extraits de films, qui sont proposés. Voir au-delà de la simple pulsion du regard. Ce ne sont pas des paroles en l’air, ni succédanés de communication pour être, selon de mot de Warhol, célèbre pendant quelques minutes au moins dans sa vie. La naïveté, la timidité, la réflexion, la colère rentrée, l’apaisement, la dénégation se succèdent, mais sans aucune gradation, d’un sentiment à l’autre, que pourrait induire une prétention morale.
Bref, il y a ce paradoxe esthétique : il consiste à ne pas renforcer la gravité du sujet, par cette tentation iconique de la belle image avec cette dimension manipulatrice et susceptible de capter et séduire abusivement le regard du spectateur. Mais à faire surgir un regard tourné vers lui-même (introspectif) ou, pour prendre exemple sur la belle formule de Georges Didi-Huberman, à faire en sorte que « ce que nous voyons, ce soit « ce qui nous regarde ».

Lise Ott, Fragment de On Translation : Miedo/Fear, Ethique et Esthétique du Paradoxe


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